On le sentait venir depuis quelques mois, mais cette fois le pas est franchi. Salomon vient de jeter un énorme pavé dans la mare du running en dévoilant la GRVL Concept. L’idée ? Prendre ce qui se fait de plus rapide, de plus technique et de plus élitiste sur la route, une semelle XXL en mousse PEBA supercritique et une double plaque carbone et l’équiper d’une semelle extérieure inspirée des pneus de vélo de Gravel.

À 250 € la paire, Salomon ne s’adresse pas aux coureurs du dimanche qui cherchent une basket de transition pépère. Elle s’attaque directement à une nouvelle race d’athlètes : ceux qui veulent maintenir des allures folles sur l’asphalte et continuer à envoyer du lourd dès que le bitume laisse place aux chemins de terre ou aux pistes forestières.

Alors, fantasme marketing pour nous faire acheter une énième paire ou véritable révolution biomécanique pour casser les barrières entre route et sentier ? On a épluché la fiche technique et le kit presse de cette « super shoe » hybride pour comprendre ce qu’elle a réellement dans le ventre.

Voici le tableau des caractéristiques techniques de la Salomon GRVL Concept

Caractéristique Donnée Technique
Poids 262 g
Stack (Épaisseur) 43 mm au talon / 37 mm à l’avant-pied
Drop 6 mm
Semelle intermédiaire Mousse supercritique à base de PEBA
Propulsion Deux lames de carbone sur toute la longueur
Semelle extérieure Crampons de 1,5 mm
Maintien / Tige Système Quicklace™ & guêtre intégrée en tricot
Prix de vente 250,00 €
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PEBA + Double lame carbone : L’artillerie lourde de la route s’invite sur les sentiers

Pour comprendre ce que Salomon a voulu faire avec cette GRVL Concept, il faut oublier tout ce que l’on sait sur les chaussures de trail classiques. Ici, la marque d’Annecy n’a pas cherché à renforcer une basket de montagne pour la rendre plus rapide. Elle a fait exactement l’inverse : elle a pris la formule magique des « super shoes » qui cassent tous les records sur marathon pour l’adapter aux chemins de terre.

Le cœur du réacteur, c’est cette semelle intermédiaire massive de 43 mm au talon. Pour vous donner une idée, on dépasse largement les limites de la fédération internationale d’athlétisme pour la route (bloquée à 40 mm). Salomon s’en moque et utilise une mousse supercritique à base de PEBA (le matériau le plus haut de gamme du marché, ultra-léager et incroyablement moelleux) pour garantir des atterrissages hyper doux, même quand on tape fort sur du sol durci ou des cailloux.

Une paire qui pourrait entrer rapidement dans notre classement des meilleures chaussures de running de 2026 dans la partie Gravel.

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Une plaque carbone ultra efficace

Mais une telle épaisseur de mousse PEBA sans contrôle serait instable, surtout sur un sol fuyant. C’est là que la magie de la double lame de carbone sur toute la longueur opère. Contrairement aux plaques en forme de cuillère rigide des chaussures de route qui ne tolèrent aucune déformation latérale, cette double lame apporte deux bénéfices majeurs :

  • La propulsion : Elle agit comme un levier pour offrir cette fameuse sensation de relance et de bascule vers l’avant à chaque foulée.

  • La stabilité : Elle rigidifie la structure pour éviter que le pied ne s’affaisse à droite ou à gauche dès que l’on court sur des graviers ou des micro-reliefs.

Le résultat sur le papier ? Une chaussure qui offre le rebond et l’économie d’énergie d’une formule 1 de la route, mais avec la structure nécessaire pour ne pas se tordre la cheville au premier chemin forestier. Une chaussure qui vient compléter à merveille la toute nouvelle Salomon S/lab Ultra Glide 2, elle aussi équipée d’une plaque carbone mais beaucoup plus orientée vers le trail.

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L’ADN Gravel : Une semelle « pneu de vélo » et une guêtre anti-cailloux

Pour mériter l’appellation GRVL, il ne suffit pas de mettre du carbone sous une chaussure de route et d’espérer que ça passe. Salomon a dû repenser l’extérieur de la chaussure pour qu’elle survive aux exigences des chemins sans pour autant perdre son rendement exceptionnel sur le bitume.

Une semelle extérieure inspirée des pneus de Gravel

C’est le détail qui saute aux yeux quand on retourne la chaussure. Au lieu des gros crampons agressifs de 5 mm que l’on retrouve sur une Genesis 2, Salomon a dessiné une semelle extérieure dotée de crampons très discrets de 1,5 mm.

Cette géométrie unique est directement inspirée des pneus de vélo de Gravel :

  • Sur l’asphalte : Les crampons sont tellement fins et rapprochés qu’ils ne créent aucune vibration ni perte d’énergie. On conserve la fluidité de roulement d’une pure chaussure de marathon.

  • Sur la terre et le gravier : Ils offrent la friction et la traction nécessaires pour ne pas glisser lors des relances ou dans les virages rapides sur chemins blancs.

C’est le compromis parfait pour les parcours mixtes où l’on alterne constamment entre portions de route et pistes forestières.

Le confort « zéro débris » : Une guêtre intégrée en tricot

Quiconque a déjà couru à haute vitesse sur des chemins de terre connaît ce fléau : les petits cailloux et la poussière qui s’invitent dans la chaussure, obligeant à s’arrêter pour vider ses chaussettes.

Pour régler définitivement ce problème, Salomon a intégré une guêtre légère en tricot directement à la tige. Cette collerette élastique épouse parfaitement la cheville pour faire barrière contre les débris extérieurs. Conçue dans une maille ultra-respirante, elle ne tient pas chaud et n’ajoute pratiquement aucun poids superflu à la chaussure.

Associée au célèbre système de laçage rapide Quicklace, elle permet d’obtenir un ajustement d’une précision chirurgicale : le pied fait corps avec la semelle de 43 mm, sans aucun point de friction.

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À qui s’adresse cette Salomon GRVL Concept à 250 € ? Mon avis

Ne vous trompez pas de cible : la GRVL Concept n’est pas la chaussure que vous allez sortir pour aller affronter la boue technique des Templiers ou les sentiers escarpés de la Diagonale des Fous. Avec ses crampons de 1,5 mm et l’absence de véritable pare-pierres montagneux, elle n’est pas taillée pour la haute montagne.

À mon avis, cette « super shoe » est l’arme absolue pour une catégorie très précise de coureurs :

  • Les traileurs urbains et périurbains : Si, comme moi, vos sorties de la semaine se résument à 30 % de bitume pour rejoindre les parcs, les quais ou les chemins de halage, vous allez adorer ce dynamisme insolent sur les portions plates. J’habite près de Nantes et je me vois très bien utiliser cette chaussure sur tous les trails Nantais !

  • Les chasseurs de chronos sur chemins blancs : Pour des épreuves très roulantes, des éco-trails ou des formats « Gravel Running » où la vitesse pure l’emporte sur la technique, l’apport de la double plaque carbone et du PEBA est un game-changer phénoménal.

Je vois vraiment ce modèle comme un outil de plaisir et de vitesse. Si vous avez le budget et que vous cherchez à retrouver les sensations de relance folles de la route sans vous limiter à l’asphalte, c’est un choix hyper cohérent. Pour les autres, une paire de Gravel plus classique (et moins onéreuse) fera amplement l’affaire. Je pense par exemple à la Brooks Ghost Trail qui serait une bonne alternative.

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Conclusion : Faut-il craquer pour la Salomon GRVL Concept ?

Avec cette GRVL Concept, Salomon ne se contente pas de proposer un nouveau modèle : la marque d’Annecy pose officiellement les bases d’une nouvelle catégorie de matériel. En important les technologies les plus élitistes de la route sur les sentiers stabilisés, elle répond à une vraie évolution de notre pratique où les frontières entre asphalte, parcs et pistes forestières n’existent plus.

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Alors, faut-il dépenser 250 € pour s’offrir cette « super shoe » hybride ?

  • Oui, si vous cherchez la performance absolue sur les tracés roulants, que vous aimez courir vite et que vous refusez de sacrifier le dynamisme incroyable du carbone dès que vous quittez la route. Le combo mousse PEBA et double lame offre des sensations de relance inédites qui justifient, pour les passionnés de technologie, ce positionnement tarifaire très haut de gamme.

  • Non, si votre pratique penche vers le technique. Si vos sentiers habituels sont parsemés de racines humides, de dalles rocheuses ou de boue, les crampons légers de 1,5 mm et l’épaisseur de la semelle (43 mm au talon) deviendront vite un handicap en termes de stabilité et d’accroche.

En résumé, Salomon signe ici un coup de maître technologique extrêmement excitant. La GRVL Concept est une chaussure d’une efficacité redoutable qui donne un sérieux coup de vieux aux modèles hybrides classiques et qui prouve que le « Gravel running » a désormais sa propre formule 1.

Une paire dans la mouvance actuelle !

Questions fréquentes sur la Salomon GRVL Concept

⚖️ La Salomon GRVL Concept est-elle autorisée en compétition officielle ? +
Oui, en trail et sur les courses nature ! Bien que sa semelle de 43 mm dépasse la limite des 40 mm imposée par World Athletics pour les compétitions officielles sur route (marathon, 10 km), les règlements de l'ITRA et du trail n'imposent aucune limite de stack. Vous pouvez donc l'aligner sans problème sur n'importe quel éco-trail ou course de chemin.
🪨 Les plaques de carbone ne risquent-elles pas de rendre la chaussure trop instable sur les cailloux ? +
Au contraire. Salomon utilise une double lame de carbone (et non une plaque rigide d'un seul bloc comme sur la route). Cette architecture permet de conserver une certaine souplesse latérale pour épouser les légères déformations du sol, tout en stabilisant la mousse PEBA très moelleuse. Elle fait aussi office de bouclier contre la perforation des pierres pointues.
🌧️ Comment se comporte la semelle de 1,5 mm sur sol mouillé ou boueux ? +
C’est la limite du concept. Sur les surfaces humides dures (goudron mouillé, gravier tassé), l'accroche reste excellente. En revanche, dès que la boue s'invite sur le parcours, la faible hauteur des crampons (1,5 mm) montre très vite ses limites : la semelle sature rapidement et vous risquez de perdre toute traction. Privilégiez les sorties par temps sec ou sur sols drainants.